Emak Bakia, (production)


Comme je vous le disais précédemment, je vais vous fournir quelques précisions

à propos de ce film EMAK BAKIA.
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LA PRODUCTION

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Man Ray rencontre Arthur et Rose Wheeler. Ces mécènes, qui étaient tombés en admiration devant
« Le retour à la raison » veulent à tout prix que Man Ray fasse du cinéma, bien plus important à leurs yeux que la photographie. Ils lui commandent un film.
Arthur Wheeler Arthur Wheeler était un jeune homme riche qui voulait participer à l’action artistique de cette époque. *
Man Ray raconte :

« Le meilleur appareil photo professionnel disponible en France à l’époque, avec ses accessoires,
coûtent environ cinq mille dollars.
J’ai dit à Wheeler que, pour commencer, j’en aurais besoin de dix
pour réaliser
un court métrage. Il me regarda d’un air incrédule et se mit à rire,
il avait entendu parler
de celui qui ne pouvait rien faire pour moins de cinquante mille pour un film.

J’ai à nouveau expliqué que ce serait plus de nature expérimentale,
je ne voulais pas qu’il risque davantage que ce que je demandais,
même s’il devait être préparé à perdre de l’argent. [ … ]
J’étais bien plus ravi par la liberté de faire ce qui me plaisait,
que par ce que j’allais introduire dans mon film.
Cet été-là, Wheeler loua une grande villa près de Biarritz.
Il m’invita à l’y rejoindre et à y faire une partie du film. Ce disant, il ne faisait que confirmer ce que je pensais déjà :
réaliser un film, c’était prendre des vacances. [ … ]

De retour à Paris, je tournais d’autres séquences dans mon studio.
Après avoir rassemblé divers accessoires, miroirs déformants, une platine électrique,
un assortiment de cristaux et quelques lampes spéciales, je me mis immédiatement au travail. [ … ]
Il n’y avait pas de scénario, tout serait improvisé [ … ]
J’ai même utilisé les premières bandes de de mon film Dada sel et poivre, épingles et punaises [ … ]
Cela soulignerait ma détermination à ne pas me laisser séduire par des considérations commerciales. »

Quand j’eu un pot-pourri de séquences réalistes, de cristaux étincelants et de formes abstraites réfléchies par mes miroirs déformants, [ … ] une idée me vint d’une visite à Jacques Rigaut, le dandy des Dadaïstes. [ … ]
Dans le studio, je fis un gros plan des mains de Rigaut ouvrant une valise, prenant un à un les faux cols,
les déchirant et les laissant tomber par terre (plus tard, lors du tirage, je fis inverser la pellicule,
de sorte que les faux cols tombant semblaient rebondir). [ … ]

La première projection du court métrage Emak Bakia a eu lieu en 1926 au cinéma « Au Vieux Colombier » à Paris. Le Vieux Colombier Man Ray donna des instructions aux musiciens sur la partition à jouer puis il présenta le film au public.
«Entre autres observations, j’ai dit que mon film était purement optique,
fait pour attirer le regard (il n’y avait pas d’histoire, pas même un scénario).

Puis, un peu plus singulier, ce n’était pas un film expérimental
(je n’ai jamais montré mes expériences ce que j’ai offert au public était définitif). […]

Quant au titre étrange, Emak Bakia, il était tout simplement le nom de la villa
dans le pays basque où j’avais tiré certaines des séquences . […] Un natif du pays m’a dit que cela signifiait, « Leave Me Alone » (Fous-moi la paix !).
Le public rit. J’ai conclu, dans un ton plus conciliant,
que bien des films auxquels ils avaient assisté
duraient des heures et les avaient ennuyés.

Mon film a eu un mérite exceptionnel, il n’a pas duré plus de quinze minutes. »

Le film a un remarquable succès du public “A la fin, les gens se pressèrent autour de moi pour me féliciter, les Wheeler étaient très fiers et M. Tedesco retint le film pour une période illimitée.”
Jean Tedesco
, écrivain et critique, transforma le théâtre du Vieux-Colombier en cinéma où il projetait des films
« d’avant-garde » présentant un intérêt artistique. Il fut inauguré le 14 novembre 1924.

Man Ray montra Emak Bakia à New York le 6 mars 1927. Il fut également projeté à Londres en janvier 1927, puis à Bruxelles. En mars 1927, il fit une tournée en Allemagne.

À suivre : Emak Bakia (le film)

Les mots en rouges feront l’objet de liens ou d’articles ultérieurs…)
Les textes sont inspirés de l’autoportrait de Man Ray et autres revues de cinéma.

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