Kiki… Le Ballet Mécanique… (9ème épisode)


1924 est une année de bouillonnement ar­tistique
C’est l’année ou Man Ray réalis
e
Le Violon d’Ingres
,
une de ses images surréa­listes de Kiki les plus importantes.

Le Violon d'IngresLe Violon d’Ingres, photo-collage de Man Ray faisant référence à l’odalisque du Bain Turc d’Ingres,
est une image surréaliste autant qu’un jeu de mots. Breton la publia dans l’ultime numéro de Littérature en juin 1924.
Man Ray aimait utiliser des étoffes lorsqu’il photographiait Kiki.


L’année aussi où les artistes de Montparnasse commencent à s’intéresser au cinéma.
Durant l’été 1921, déjà, Man Ray et Duchamp ont filmé les disques à spirales de ce dernier, qui projette quelques séquences lors d’une soirée chez un ami, le 21 janvier 1922.

Man Ray et Duchamp avaient filmé à New York des séquences d’un
film stéréoscopique imaginé par Duchamp.

Ils essayèrent de le développer eux-­mêmes, et le résultat fut catastrophiqu
e
 Un mois ou deux après son arrivée à Paris, sur le tableau de Picabia intitulé L’Oeilcacodylate,
Man Ray faisait suivre sa signature de ces mots : « Directeur de mauvaismovies ».
       

« Marcel Duchamp projette des essais de film, note Roché dans son journal, des fragments, des danses géométriques, sur un écran de verre de salle de bains garni de tain : résultat impressionnant et assez fantastique, sûre­ment exploitable ».
Icône film

Peu attirés par le ci­néma commercial, les peintres créent
un nouveau genre de films indépendants.
Ils les produisent en nombre limité pour un pu­blic trié sur le volet
 Le Retour à la raison, Icône film de Man Ray, tourné en juillet 1923, est le pre­mier de ce genre fabriqué en France. Il sera suivi de Ballet mécanique* de Fernand Léger.
Au cours de l’été et de l’automne 1923, Léger invente un plateau et un matériel avec des parties amovibles pour la scène de laboratoire du film de Marcel L’Herbier, L’Inhumaine.
On y voit une scène d’émeute qui éclate au cours d’un concert.
En fait, L’Herbier a filmé sur le vif un jeune compositeur américain, George Antheil, qui se produisait au théâtre des Champs-Elysées en octobre 1923
Malgré les protestations d’Antheil, qui ignorait, dit-il, que la scène devait être tournée,
son morceau au piano, Mechanisms, déclenche à point nommé les cris d’un public huppé, tandis que Man Ray, Brancusi, Satie et Milhaud prennent bruyam­ment la défense de l’oeuvre.

Profil yeux fermés de KikiLa présence de Kiki revient sans cesse dans ce film

De son côté, Léger a son projet de film :
« Aucun scénario. Des successions d’images rythmées, c’est tout […].
Nous « insistons » jusqu’à ce que l’oeil et l’esprit du spectateur « ne l’acceptent plus ».
Nous épuisons sa valeur spectacle jusqu’au moment où il de­vient insupportable. »
Léger s’intéressait au cinéma depuis 1916-1919. A cette époque, Abel Gance travaillait à son film La Roue avec Cendrars, qui demandait des conseils à Fernand Léger.
Ezra Pound met Léger en contact avec un jeune opérateur américain, Dudley Murphy,

qui a travaillé avec Man Ray. « Nous avons demandé, note Léger en juillet 1924, au compositeur George Antheil d’en faire une adaptation synchro­nisée musicale.
 Grâce au processus scientifi­que de M. Delacomme, nous espérons obte­nir mécaniquement […] la simultanéité du son et de l’image ».

Un oeil de KikiLéger isole des détails du visage de Kiki – un oeil, deux yeux, la bouche.

(Le film se vit refuser une projection au théâtre du Vieux Colombier de Jean Tedesco, en novembre 1924,
et apparemment n’a jamais été projeté à Paris.)

Conseillé par Ezra Pound, Murphy se sert d’un objectif à prisme pour faire naître « la transformation multipliée » du visage de Kiki.

P135HBallet mécanique. Image démultipliée de Kiki, obtenue grâce à un système de prisme, « nouveauté technique de MM. Murphy et Ezra Pound ». Pound avait déjà utilisé son vieux miroir à barbe pour confectionner, avec le photographe anglais Alvin Langdon Coburn, un « vortoscope ».

Ces frag­ments de Kiki et des gros plans de ses yeux et de sa bouche reviennent durant les quinze minutes du film, raccordés entre eux par les images les plus diverses
– marionnette mé­canique de Charlie Chaplin, disques métal­liques qui vibrent,
bouteilles de vin, formes géométriques, mots, lettres.
Une projection privée eut lieu en novembre.
* Je considère ce film comme une oeuvre très intéressante sur le plan novateur et révélateur de l’art de cette période. Quant à la musique… mes poils se dressent devant le talent d’Antheil !!! Stupéfiant !!!
Alors pourquoi vous priverais-je du plaisir de le voir grâce à « Andyfshito » …
Il est en deux parties, vous pourrez donc allez remplir votre verre à l’entracte…
(Si les vidéos n’ apparaissent pas… un petit clic sur la touche F5)

Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats glacés…

A suivre…


Les mots en rouges feront l’objet de liens ou d’articles ultérieurs…)
Les textes sont largement inspirés par Billy Klüver & Julie Martin… & Kiki de Montparnasse.

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